Pera Coda : L’Aventure Indé de dingue qui Époustoufle Istanbul, digne Héritier de Disco Elysium !

Pera Coda : Une aventure à la Disco Elysium au cœur d’Istanbul

Un homme piégé dans une boucle temporelle, une ville suspendue entre l’Orient et l’Occident, un passé traumatique… Voilà les ingrédients d’une histoire qui promet d’être captivante dans Pera Coda, le nouveau jeu narratif du studio turc Elyzio. L’intrigue se déroule dans le quartier de Beyoğlu à Istanbul, situé sur la rive européenne du Bosphore, ce détroit marquant la frontière entre l’Europe et l’Asie.

L’ancien nom de ce quartier était Pera, car il appartenait à la République de Gênes depuis le Moyen Âge et jusqu’à la moitié du XXe siècle. Ce n’est que plus tard, avec l’arrivée d’une population grecque, qu’il a pris son nom actuel. Cette histoire à elle seule illustre pourquoi Istanbul a été choisie comme cadre : un carrefour de cultures, de suggestions et de récits.

Istanbul, une ville à la croisée des chemins

Un lieu à mi-chemin entre deux mondes, deux conceptions de la vie et de la mort séparées par une poignée de mètres d’eau. Istanbul est la seule ville au monde à se trouver sur deux continents, touchant à la fois la Thrace et l’Anatolie, l’Europe et l’Asie. C’est une métropole fascinante, capable d’ensorceler.

Il n’est donc pas étonnant que l’idée de Pera Coda ait germé dans l’esprit de trois étudiants en architecture, subjugués par la beauté chaotique de la ville. Ils ont décidé d’y situer l’histoire de leur jeu. Après avoir fondé Studio Falan, ils ont présenté le projet à Elyzio qui, fort du succès de son jeu multijoueur Warden’s Will, avait récemment commencé à financer de nouveaux titres. Au début, Pera Coda n’était qu’une série de vidéos conceptuelles, puis c’est devenu tout autre chose. Selon Ahmet Kazanci, le directeur artistique du jeu, c’est une déclaration d’amour à la ville, mais aussi une histoire universelle sur la culpabilité, le remords et la recherche de la paix intérieure.

Fortement influencé par Dostoïevski, rappelant l’immortel Crime et Châtiment, ce titre s’annonce très ambitieux. "Dostoïevski est certainement l’un de nos auteurs préférés. Cette histoire porte en elle les échos de ses thèmes et de sa profondeur psychologique", explique Dogancan Yeginer, le PDG d’Elyzio. "Mais notre narrative designer est aussi influencé par les œuvres d’Osamu Dazai et Haruki Murakami, dont les styles narratifs ont contribué à façonner le ton émotionnel et philosophique du jeu". L’ambition ne faiblit pas lorsqu’on considère les références vidéoludiques choisies pour orienter le développement : la profondeur psychologique de Disco Elysium, l’exploration mystérieuse d’Outer Wilds et l’idée d’un puzzle lié à une boucle temporelle de Twelve Minutes.

Un voyage dans le bardo bouddhiste

Dans la courte bande-annonce, on retrouve certaines de ces références illustres, notamment Disco Elysium, tant l’esthétique rappelle de près ce dernier : une vue isométrique, des écrans regorgeant de détails, une atmosphère que les développeurs eux-mêmes qualifient de néo-noir. Dans Pera Coda, le joueur incarne Deniz, un avocat forcé de faire face à son passé et à ses erreurs.

Dans la bande-annonce, on comprend qu’il y a eu un accident, qu’une femme a été grièvement blessée et que Deniz est probablement responsable. L’homme lui parle, lui disant qu’il essaie de se racheter et de mettre fin à son inconsolable sentiment de culpabilité. Apparemment, l’avocat est piégé dans un état entre la vie et la mort, qui le contraint à revivre certains moments de son existence, à affronter des souvenirs, des regrets, des relations et des fractures émotionnelles.

Les développeurs comparent cet état à celui du bardo dans le bouddhisme tibétain. "Pour pouvoir avancer, Deniz doit enfin se confronter à lui-même et faire face à ce qui est resté inexprimé ou non résolu. C’est un chemin vers une confrontation intérieure et, en fin de compte, vers la pleine réalisation de soi", explique Yeginer. Le bardo est un concept central de l’école Nyingma, dérivé du texte sacré connu en Occident sous le nom de Livre tibétain des morts (dont le titre original est, à juste titre, Bardo Thödol).

On y décrit les expériences que traverse la conscience humaine dans l’état d’intervalle entre la mort et la renaissance. En tibétain, le terme bardo signifie littéralement "intervalle". Dans un certain sens, on pourrait l’assimiler au purgatoire dans la conception chrétienne. C’est précisément en raison de son caractère mystique qu’Elyzio décrit Pera Coda non seulement comme un mystère à ranger dans le genre noir, mais plutôt comme une "épreuve existentielle", car Deniz est devenu à la fois juge et accusé d’un procès concernant son âme.

Ce caractère liminal renvoie également au lieu où se déroule Pera Coda : Istanbul, et Pera en particulier, un carrefour de cultures, le quartier qui a été pendant des siècles le quartier "étranger", habité par des Européens, des Arméniens et des Grecs. "Sur le plan narratif, nous voulions qu’Istanbul soit bien plus qu’un simple décor. Ses contradictions, comme les bâtiments anciens à côté des enseignes au néon, les ruelles oubliées à quelques pas des avenues bondées, reflètent la personnalité de Deniz", explique Yeginer. "Istanbul n’est pas seulement une influence : c’est presque un deuxième protagoniste, qui façonne la façon dont toute l’expérience est perçue".

Un puzzle identitaire à reconstituer

Les dialogues à choix multiples de Pera Coda n’influenceront pas seulement l’environnement et l’intrigue, mais auront aussi des répercussions sur la perception même du protagoniste. C’est cette dynamique, outre l’esthétique, qui rappelle le plus Disco Elysium : une profondeur qui ne se limite pas à la narration, mais qui façonne la conscience de Deniz. Selon Yeginer, les énigmes ne représenteront pas non plus de simples obstacles sur le chemin de l’avocat, mais des symboles et des souvenirs à interpréter pour reconstituer le puzzle de son identité.

Pera Coda promet d’être une aventure accessible, sans combats ni affrontements. La progression sera plutôt basée sur les dialogues, les choix et l’exploration. Un jeu narratif où le seul adversaire sera le passé tourmenté du protagoniste.

Une idée très intéressante, qui semble parler non seulement à travers ses personnages (et la voix de ceux qui le développent), mais aussi à travers le grand charme du cadre choisi. "L’une des choses dont nous sommes le plus fiers dans Pera Coda, c’est la façon dont le monde du jeu parvient à être vivant et concret, non seulement visuellement, mais aussi émotionnellement", explique Yeginer. "Nous avons mis une infinité de petits détails dans les environnements. Ce ne sont pas de simples décorations : ce sont des ancres émotionnelles destinées à refléter le monde intérieur de Deniz".

Et là où l’influence de Disco Elysium est claire, celle d’Outer Wilds pourrait être moins évidente. C’est pourquoi nous avons posé directement la question à Yeginer, qui nous a répondu : "Outer Wilds nous a particulièrement inspirés par la façon dont il place la curiosité du joueur au centre de la progression. Il n’y a pas de choses à faire, ni de structure de missions traditionnelle : on avance en comprenant le monde, en reliant les fils narratifs et en mettant en lumière des vérités émotionnelles". Dans Pera Coda, chaque cycle rapproche également Deniz de la compréhension de son objectif.

Pera Coda n’a pas encore de date de sortie, mais nous espérons qu’elle n’est pas trop lointaine. Nous avons été agréablement surpris par l’universalité et l’intimité de ce projet : l’histoire d’un être humain tourmenté par le passé, mais aussi d’un amour profond pour le pays qui a vu naître Elyzio et qui l’accueille.

L'équipe de rédaction