Jeux vidéo : Qualité VS Attente, le Duel Apocalyptique ?!

L’attente et la qualité, deux faces d’une même pièce ?

Malgré une année 2025 riche en sorties de qualité, nombreux sont ceux qui expriment leur déception face au marché actuel du jeu vidéo. Et si la source de ce sentiment se trouvait en nous ?

Le terme "attente" trouve son origine dans le latin "exspectare", composé de "ex" (hors de) et "spectare" (regarder). Il s’agit d’une anticipation du futur, une projection basée sur notre jugement personnel qui nous permet d’observer une situation ou un élément de l’extérieur. Bien qu’une attente ne prétende pas être une opinion définitive, elle est inévitablement filtrée par notre subjectivité, agissant comme un miroir de notre psyché.

Avec le temps, nous avons développé la conviction d’être des experts, y compris dans le secteur du jeu vidéo. Nous faisons des prédictions, raisonnons à la place des entreprises et nous arrogons le droit de nous mettre à la place d’autrui sans connaître leur passé ni leurs pensées. Une suffisance exacerbée par les réseaux sociaux, qui nous exposent et nous incitent à adopter une posture assurée et une image parfaite, car l’apparence est primordiale.

L’attente est ainsi devenue une sorte de prétention, celle d’avoir deviné juste grâce à ses capacités de déduction. Une émotion si forte qu’elle influence notre cerveau, nous rendant esclaves de nos prévisions et incapables d’accepter ce qui diffère de nos anticipations.

Fort de ce constat, il est difficile de déterminer si cette première moitié de l’année 2025 a été positive ou non pour le jeu vidéo. Sommes-nous déçus par les sorties parce qu’elles sont "médiocres", ou simplement parce qu’elles ne correspondent pas à nos attentes ? Analysons ensemble.

2025, le bilan de mi-parcours du jeu vidéo

S’il y a bien une chose dont on ne peut se plaindre, c’est du nombre de jeux vidéo sortis ces six derniers mois. Le marché regorge d’œuvres qui peinent à s’imposer auprès d’un public qui ressemble de plus en plus à celui des fast-foods, prêt à dévorer sa commande avant de passer à la suivante. Pourtant, plusieurs titres méritent l’attention.

  • Dynasty Warriors Origins, qui a propulsé les musou à un niveau inédit.
  • Split Fiction, confirmant la créativité de Josef Fares.
  • Blue Prince, un succès inattendu auprès du public mondial.

Des œuvres incroyables comme Kingdom Come Deliverance 2 ou Clair Obscur: Expedition 33 ont également enthousiasmé les fans de RPG occidentaux et orientaux. Sans oublier les valeurs sûres telles que Monster Hunter Wilds, Doom: The Dark Ages et Mario Kart World, qui ont réaffirmé la puissance de Nintendo, id Software et Capcom. Même Assassin’s Creed Shadows s’est avéré être un chapitre valable de la saga Ubisoft, dissipant les inquiétudes de l’année dernière. Les titres ne manquent pas et offrent une variété suffisante pour satisfaire un public aux goûts, plateformes et temps disponibles de plus en plus diversifiés. Pourtant, le sentiment général est que tout ne s’est pas déroulé comme prévu.

Critiques et points sensibles

Mois après mois, de plus en plus de personnes se plaignent pour diverses raisons. Des critiques habituelles envers la franchise Assassin’s Creed à la brièveté de Monster Hunter. Des affirmations qui ouvrent parfois la voie à des comparaisons intéressantes, mais qui se heurtent souvent aux murs de la certitude personnelle.

Entre ceux qui déplorent le manque de titres et ceux qui critiquent leur qualité, on arrive à l’une des plus grandes attentes "trahies" de l’industrie : Nintendo Switch 2. De nombreux aspects de la nouvelle console de Kyoto ont été critiqués (comme le GameChat), exprimant la déception face à ce qui ressemble à une Nintendo Switch Pro. On attendait de la Grande N de l’innovation, un effet "wahou", une surprise capable de révolutionner l’industrie. On attendait… plus.

À peine les protestations contre la console Nintendo se sont-elles calmées que Death Stranding 2: On the Beach a débarqué, déclenchant une tempête. Quelques critiques (principalement italiennes) ont suffi à provoquer l’indignation du public. Encore une déception. On attendait d’Hideo Kojima quelque chose d’inédit, qui élèverait le langage du jeu vidéo à un niveau supérieur, qui apporterait un remède à un secteur jugé répétitif, stagnant et monotone. Mais ces plaintes sont-elles justifiées ? Le public a-t-il raison de se plaindre, ou sommes-nous devenus des joueurs gâtés ?

Entreprises réelles et plaintes numériques

Avant de répondre à ces questions, il est nécessaire de réfléchir. La communication entre les entreprises et les consommateurs est l’un des problèmes majeurs du secteur du jeu vidéo ces dernières années. Les studios se concentrent de plus en plus sur les annonces promotionnelles pour attirer le plus de monde possible, reléguant au second plan la qualité de leurs produits et oubliant même de nettoyer la vitrine. Une communication correcte ne devrait pas avoir besoin de publicité pour vendre un produit, mais plutôt s’appuyer sur le produit lui-même.

Pourquoi cette digression ? Parce qu’une partie des attentes (et des déceptions) provient d’une mauvaise communication de la part des entreprises, de moins en moins respectueuses des consommateurs, qui font des promesses en l’air et qui, même quelques mois après la fermeture d’un studio, peuvent affirmer que le projet de l’équipe se déroule à merveille. Il faut distinguer les attentes créées par une communication d’entreprise pour le moins rusée, de celles que nous développons de manière autonome. Les premières ont moins de valeur, car il s’agit de pensées intrusives. Les secondes, en revanche, sont les plus intéressantes et celles dont nous parlons ici.

Attentes et psyché

Bien que les plaintes, si elles sont justifiées, soient légitimes, car elles sont l’expression d’un jugement personnel, il est indéniable que les attentes influencent notre perception finale. Nous sommes constamment à la recherche du plaisir, dans l’espoir de trouver des étincelles de joie dans notre quotidien.

Selon plusieurs études psychologiques, la confirmation de ses attentes suscite joie et surprise chez l’être humain. Une sorte d’accomplissement personnel qui nous rend heureux non seulement pour l’élément en question, mais aussi pour nous-mêmes. On éprouve du plaisir à avoir fait une évaluation correcte et on a l’impression d’avoir "dévoilé un mystère", d’avoir compris quelque chose de plus grand que nous et d’avoir pris le dessus sur ceux qui pensaient différemment.

Ce raisonnement s’applique évidemment aussi à l’inverse. Ne pas voir ses attentes satisfaites suscite frustration et déception. Des sensations exacerbées par l’investissement émotionnel. Avoir des attentes précises concernant Death Stranding 2: On the Beach après avoir aimé le premier chapitre peut entraîner un rejet du titre en cas de déception. Avoir aimé la capacité de Nintendo à introduire de nouveaux éléments ludiques à chaque génération de console peut susciter un véritable agacement face au manque de nouveautés de la Nintendo Switch 2.

En bref, avoir des attentes est normal et, dans le cas des jeux vidéo, cela dénote la volonté d’un individu de décrypter sa passion. Le problème survient lorsque nous nous laissons dévorer par les attentes, lorsqu’elles prennent une valeur égale à celle de l’œuvre elle-même. Dans un monde idéal, il faudrait faire la distinction entre ce que l’on attend et ce qui arrive sur le marché. Difficile ? Très. Faisable ? Peut-être.

La nécessité des attentes

Il existe plusieurs façons de gérer ses attentes. On peut simplement les accepter, en étant conscient de développer un jugement subjectif et donc inattaquable car personnel. On peut aussi tenter de les combattre, en affirmant pouvoir évaluer une œuvre au-delà des préjugés, qui restent de toute façon en arrière-plan. Certaines personnes optent pour une troisième voie, en tentant de vivre dans le présent et en ignorant toute attente. Un choix difficile et un chemin de vie à construire pas à pas, mais qui permet de vivre sans préjugés ni désirs qui pourraient ne jamais se réaliser. On découvre alors le plaisir de la découverte, qui permet d’accueillir ce qui arrive de la manière la plus pure possible.

Il est temps de revenir à la question initiale : les attentes sont-elles "bonnes" ou "mauvaises" ? Peuvent-elles influencer notre jugement sur cette année 2025 ? Il n’y a évidemment pas de réponse unique à la première question, mais il est certain que l’attente spasmodique de quelque chose et le désir inconscient d’avoir raison peuvent influencer le résultat final. Pas pour tout le monde, mais sûrement pour beaucoup.

Ce n’est pas un problème à corriger, mais un élément à prendre en compte lorsque l’on écoute un avis, qui peut être plus ou moins influencé par l’identité de son auteur. C’est pourquoi chacun devrait tester le jeu vidéo (ou, plus généralement, l’œuvre) en question, afin de se forger un jugement personnel et subjectif. Car, au final, ce sont les seuls qui comptent vraiment.

L'équipe de rédaction